Histoire de la littérature française
Histoire et civilisation (4)


Mazarin, par Mignard

Le règne personnel de Louis XIV commence en 1661, à la mort de Mazarin (et s’étendra jusqu’à sa mort, en 1715). Il est courant de dire que ce règne correspond à celui de l’ordre et de l’autorité. Pendant les vingt-cinq premières années de son règne, Louis travaille patiemment à imposer sa toute-puissance, à assurer l’unité et la force de son royaume. Il poursuit donc quatre objectifs principaux :

  • concentrer tous les pouvoirs entre ses mains (monarchie absolue) ;
  • assurer l’unité religieuse et idéologique du royaume ;
  • construire la prospérité ;
  • affirmer la présence française à l’extérieur.

Ainsi, le premier but de Louis XIV est de concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. Pour ce faire, il veille à ce qu’aucun de ses ministres ne prenne une trop grande importance. Il donne en exemple Fouquet, puissant ministre des Finances, qui avait amassé une importante fortune (tellement importante qu’il avait fait construire un château près de Paris où il donnait des fêtes somptueuses et qu’il avait constitué autour de lui une véritable cour rivale de celle du roi – il avait même pris sous sa protection Molière et La Fontaine) : il le fait arrêter et le fait condamner à la prison à perpétuité en 1664 pour avoir dilapidé l’argent de l’État. Pour augmenter son pouvoir, Louis XIV continue en même temps à affaiblir les parlements provinciaux. Il affaiblit aussi la noblesse en s’appuyant sur la bourgeoisie, qu’il appelle à son gouvernement. En fait, il porte l’absolutisme à son paroxysme avec la notion de droit divin (on l’appelle le Roi Soleil).

Mais exercer un pouvoir fort implique qu’on règne sur un pays uni. Au XVIIe siècle, l’unité nationale est directement liée à l’unité religieuse. Au début de son règne, c’est donc la raison d’État qui pousse Louis à agir. Toutefois, à partir des années 1680, influencé par Madame de Maintenon (qu’il épouse secrètement en 1683), le roi devient pieux et agit vraiment par conviction religieuse. Il s’immiscera tranquillement dans les affaires religieuses en essayant d’abord de diminuer l’emprise du pape sur le clergé, pour donner à l’Église une orientation plus nationale (gallicanisme). Il combattra aussi le jansénisme, qui est source de division. Il luttera surtout contre le protestantisme. Il faut comprendre que cette idéologie représente un réel danger pour Louis XIV. En effet, elle rompt l’unité nationale en suscitant un genre de vie différent de celui de la majorité de la population, en plus d’être fondée sur une organisation plus démocratique (ce qui déshabitue de l’obéissance à la hiérarchie et jette de dangereux ferments d’anarchie et de libre discussion). C’est ainsi qu’après avoir restreint les droits des protestants en appliquant l’édit de Nantes dans un sens restrictif, après les avoir persécuté, Louis XIV révoque l’édit en 1685. Cette révocation eut des conséquences désastreuses pour la France, puisqu’elle incita les protestants à s’exiler (beaucoup émigrèrent vers l’Angleterre, par exemple), ce qui lui causa un grand dommage économique.

Le troisième objectif majeur de Louis XIV est de construire la prospérité économique de son royaume et d’en accroître le prestige. C’est ainsi que le roi encourage l’industrie, le commerce, l’agriculture, fait construire des routes et des canaux, réorganise les finances et fonde de nombreuses manufactures d’État. Versailles, le faste de la cour, la richesse ostentatoire, les artistes attachés à la cour permettent à Louis XIV d’étendre son prestige à toute l’Europe et de faire de la France, sinon dans les faits du moins en apparence, le pays le plus puissant du continent.

Tout cela permet à la France d’affirmer sa présence à l’extérieur. Pour ce faire, le roi poursuit une politique de conquête. C’est-à-dire que Louis XIV poursuit l’agrandissement du territoire non seulement en y annexant des territoires voisins (la Flandre et la Franche-Comté, par exemple), mais aussi en rattachant la Nouvelle-France, qui appartenait depuis 1627 à la Compagnie de la Nouvelle-France, au domaine royal. Cette volonté d’expansion ne va cependant pas sans heurt : des conflits incessants et coûteux opposent la France à l’Espagne, à l’Autriche, à la Hollande, à l’Angleterre, à la Suède. L’issue de ces guerres sera la consécration de la suprématie française par la paix de Nimègue (1678), du moins pour un temps.