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© 2000-2014 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

Louis XIV devant la grotte de Thétis, détail

Le courtisan du XVIIe siècle doit vivre selon l’idéal de l’honnête homme. Façonné par les salons parisiens, l’ambiance de la cour et la littérature du temps, cet idéal est celui d’un homme qui vit à la cour : il renvoie à un comportement social. Il ne faut cependant pas oublier qu’il s’agit d’un idéal : la peinture qui en sera faite ici n’est pas la description d’un homme qui existe vraiment au XVIIesiècle, mais d’un homme que tous voudraient pouvoir devenir.

L’honnête homme est souvent noble. S’il ne l’est pas, il doit avoir les qualités de la noblesse et assez de mérite personnel pour aspirer à faire partie de cette classe. C’est un homme du monde, qui ne travaille pas. Il cherche à plaire, à briller en société. Ce sont ses manières raffinées et sa mise élégante que l’on remarque d’abord et qui font qu’on lui accorde un peu d’attention. C’est alors qu’il doit séduire, être agréable, en montrant qu’il cultive l’art de la conversation – non pas qu’il cherche à se mettre en valeur à tout prix, il laisse plutôt la parole à son interlocuteur, dont il souligne la justesse des idées ou l’à-propos d’une formule. Il montre ainsi non seulement son ouverture, mais son altruisme, sa capacité à dominer son amour-propre. De toute façon, la cour n’est pas l’endroit pour exposer ses sentiments : il convient d’y toujours présenter un visage détendu et souriant, jamais sa mauvaise humeur ou son irritation. En somme, l’honnête homme paraît bien, il est beau, charmant et charismatique.

Pour plaire et briller en société, il faut, bien sûr, avoir une grande capacité d’adaptation. C’est la seule façon de faire bonne figure dans tous les milieux et dans toutes les circonstances. L’honnête homme n’aura pas la même attitude devant un cardinal, un marquis ou une jeune fille et n’abordera pas avec eux les mêmes sujets de conversation : au cardinal, il parlera de théologie, au marquis, il posera des questions sur sa dernière campagne militaire et tiendra des propos galants à la jeune fille1. Cette capacité d’adaptation, qui montre en même temps une grande souplesse d’esprit, marque deux qualités essentielles de l’honnête homme : le respect et la tolérance.

Pour être agréable, l’honnête homme a aussi un bon sens de l’humour : il est l’incarnation, aux yeux de ses contemporains, de l’élégance de l’esprit autant que de celle des manières. Mais son humour est fin, subtil et vertueux – c’est un esprit qui fait sourire plutôt que rire.

L’honnête homme a aussi un rapport particulier à la culture. Il est instruit de tout, voire expert de tous les domaines – comment, autrement, discuter avec tous ? – sans être pédant. En effet, son vaste champ de connaissances ne doit pas l’amener au jargonnage ou au didactisme : il doit toujours s’adapter à ses interlocuteurs, qui n’ont pas nécessairement une spécialisation aussi grande que la sienne, et ne souhaite surtout pas les ennuyer. On pourrait dire, avec son intelligence polyvalente, qu’il est un « dilettante ». Il apprécie les arts, les lettres et le théâtre, qui sont des sujets de conversations importants autant à la cour que dans les salons.

Malgré ce qu’on pourrait croire, l’honnête homme n’est pas un flatteur. Pour lui, il est important d’être naturel, c’est-à-dire d’avoir la Nature pour guide. Il fait de l’intégrité et de la probité les principales qualités du courtisan. Il rejette donc l’affectation et ne cherche pas à paraître ce qu’il n’est pas – il souhaite être agréable et brillant naturellement, sans chercher à l’être. De même, il refuse l’exagération, l’excès, et recherche en tout le juste milieu – il est donc normal qu’il rejette à la fois la préciosité et la pédanterie2. Sa recherche de naturel l’amène parfois à critiquer les défauts de l’homme et de la société, mais il croit que l’amélioration de la morale personnelle plutôt qu’une transformation des institutions amènera le progrès de la civilisation. C’est un être de raison, qui sait s’adapter aux usages de son temps sans abdiquer sa liberté de jugement.

Il faut donc retenir que l’honnête homme est, pour le XVIIe siècle classique, un idéal de perfection ou, en tout cas, d’équilibre social.


1. L’honnête homme, qui fréquente les salons, se définit d’ailleurs en partie par le rapport privilégié qu’il entretient avec les femmes.
2. On comprend en même temps sa condamnation des passions et son désir de rester maître de soi en tout temps.

Réf. : Georges DUBY et Robert MANDROU, Histoire de la civilisation française. XVIIe-XXe siècle, Paris, Armand Colin (Ldp références), 1984, p. 16, 22, 54, 59, 62-64, 75-76, A. BRUNET, La civilisation occidentale, Paris, Hachette (références), 1990, p. 106-107, Étienne CALAIS et René DOUCET, Précis de littérature par genre et par siècle, Paris, Magnard, 1996, p. 40-44, et Robert HORVILLE, XVIIe siècle, Paris, Hatier (Itinéraires littéraires), 1988, p. 75, 269.