Après la conquête britannique de 1760, les Canadiens français se réfugient dans les campagnes, où l’égide de l’Église est à la fois salvatrice et étouffante. Salvatrice, parce que l’idéologie qu’elle promeut à travers les valeurs agricoles et familiales permet aux paysans de conserver, certes, leur religion, mais surtout leur langue. Étouffante, parce que l’emprise sous laquelle elle tient ses fidèles les empêche de progresser au même rythme que celui auquel se fait alors le développement de la colonie britannique. Repliés sur eux-mêmes, les Canadiens français ont peu d’instruction et peu d’ambition. Ils n’ont pas accès aux fonctions importantes de la société, à moins d’abjurer le catholicisme et d’apprendre la langue anglaise. On comprendra aisément, dans un tel contexte, que la littérature y est alors fortement teintée des valeurs religieuses et agraires ancestrales qui semblent nécessaires à la survie du peuple – de sa foi et de sa langue – et que la censure exercée par le clergé, alors en charge de l’éducation, ait contribué non seulement à ce courant québécois qu’on appelle littérature du « terroir », mais aussi à l’apparition d’un Index, livres interdits de lecture – où se retrouvent, entre autres, la plupart des écrits romantiques.