Histoire de la littérature française
L'inspiration romantique

Jugeant le classicisme suranné et stérile1 , les romantiques se tournent vers ce que les classiques avaient laissé de côté : le moyen âge, la renaissance et le baroque. Ils y découvrent des auteurs dont les préoccupations sont proches des leurs : l’existence futile, la mort inexorable, l’espoir de rédemption dans l’art, le désir de choquer pour éveiller, l’amour du contraste, l’imagination et l’invention comme valeurs suprêmes en art. On veut de la grandeur et de la beauté, plutôt que de la mesure et du vraisemblable. Ce qu’on cherche, c’est la liberté – la liberté dans l’art comme dans la société. C'est ce que représente le credo romantique : l’artiste doit pouvoir se permettre toutes les libertés en autant qu’elles servent son art. C’est ainsi que la versification, par exemple, se trouve fortement assouplie par Victor Hugo, dont la Préface de Cromwell expose la théorie romantique telle qu’il la conçoit. On refuse donc les limites et les frontières, celles du monde extérieur comme celles du monde intérieur.
L’exotisme est en effet à l’honneur. C’est une façon de satisfaire le désir d’évasion, de sortir de soi-même. On peut le retrouver dans les récits historiques (Notre-Dame de Paris), les récits de voyage (España) ou les romans dont l’action se déroule dans des lieux et temps lointains (le Roman de la Momie, Salammbô). L’Égypte exerce une fascination particulière sur l’imaginaire romantique en raison de son statut de berceau de toute civilisation et de son obsession de l’immortalité. Le XIXe siècle est aussi un siècle où on voyage de plus en plus et de plus en plus loin. De ces périples, les artistes ramènent des paysages, des coutumes, des philosophies, qui marquent l’imaginaire. C’est à cette influence que l’on doit, entre autres, l’utilisation des paradis artificiels – autre moyen d’évasion et source d’inspiration. De nombreux artistes font l’expérience de l’opium (Musset) et du haschisch (Gautier, Baudelaire, Nerval). Leurs visions servent leur art dans des poèmes ou des nouvelles. Mais déjà, le romantisme est fracturé.


1. L’inspiration classique semble épuisée – les dramaturges ne cessent de plagier encore et toujours les pièces de Corneille et de Racine (avec plus ou moins de talent et de succès, il faut dire). Le plus grand auteur du XVIIIe siècle, Voltaire, a écrit un nombre considérable de tragédies dont plus aucune n’est jouée – quand on sait que le théâtre était le divertissement public le plus couru, on comprend qu’il était temps de le renouveler. C’est d’ailleurs ce à quoi se sont employés en premier lieu les jeunes romantiques (Cromwell, Hernani, etc.). Quant à la poésie, qui pourrait citer un poème du XVIIIe siècle ? Boileau, auteur l’Art poétique au XVIIe siècle, était le seul dont les vers retentissaient encore aux oreilles des jeunes romantiques, mais ils étaient sans vie, doctrinaires et étouffants.