L’exotisme est en effet à l’honneur. C’est une façon de satisfaire le désir d’évasion, de sortir de soi-même. On peut le retrouver dans les récits historiques (Notre-Dame de Paris), les récits de voyage (España) ou les romans dont l’action se déroule dans des lieux et temps lointains (le Roman de la Momie, Salammbô). L’Égypte exerce une fascination particulière sur l’imaginaire romantique en raison de son statut de berceau de toute civilisation et de son obsession de l’immortalité. Le XIXe siècle est aussi un siècle où on voyage de plus en plus et de plus en plus loin. De ces périples, les artistes ramènent des paysages, des coutumes, des philosophies, qui marquent l’imaginaire. C’est à cette influence que l’on doit, entre autres, l’utilisation des paradis artificiels – autre moyen d’évasion et source d’inspiration. De nombreux artistes font l’expérience de l’opium (Musset) et du haschisch (Gautier, Baudelaire, Nerval). Leurs visions servent leur art dans des poèmes ou des nouvelles. Mais déjà, le romantisme est fracturé.
1. L’inspiration classique semble épuisée – les dramaturges ne cessent de plagier encore et toujours les pièces de Corneille et de Racine (avec plus ou moins de talent et de succès, il faut dire). Le plus grand auteur du XVIIIe siècle, Voltaire, a écrit un nombre considérable de tragédies dont plus aucune n’est jouée – quand on sait que le théâtre était le divertissement public le plus couru, on comprend qu’il était temps de le renouveler. C’est d’ailleurs ce à quoi se sont employés en premier lieu les jeunes romantiques (Cromwell, Hernani, etc.). Quant à la poésie, qui pourrait citer un poème du XVIIIe siècle ? Boileau, auteur l’Art poétique au XVIIe siècle, était le seul dont les vers retentissaient encore aux oreilles des jeunes romantiques, mais ils étaient sans vie, doctrinaires et étouffants.