Théophile Gautier est né le 30 août 1811 à Tarbes, dans les Pyrénées (sud de la France), que sa famille quitte très tôt pour s’installer à Paris, en 1814. Il a deux sœurs plus jeunes, Émilie (née en 1817) et Zoé (née en 1820), qui resteront toutes deux célibataires et dont il s’occupera toute sa vie.
Théophile sut lire, dit-il, à cinq ans, et depuis ce moment il n’a cessé de pratiquer la lecture : « Je ne crois pas qu’ait existé un plus infatigable lecteur que Gautier », écrit Maxime Du Camp. Il est marqué par Robinson Crusoë et, plus tard, par Paul et Virginie. Son goût du fantastique et du roman noir est précoce : il se délecte du Diable amoureux de Cazotte et des romans d’Anne Radcliffe.
En 1822, il est interne au collège Louis-le-Grand, mais on l’en retire au bout d’à peine trois mois. Il étudie ensuite au collège Charlemagne, où il se lie d’amitié avec Gérard de Nerval et Pétrus Borel. Il affirme lui-même avoir été un assez bon élève, quoique fort indiscipliné.
Gautier envisage d’abord d’être peintre. C’est ainsi qu’en 1829, il entre en apprentissage à l’atelier de Louis Édouard Rioult.
Romantique de la première heure, il est présenté à Victor Hugo en 1829 et fréquente son Cénacle en même temps qu’il accompagne Nerval et Dumas au petit Cénacle, groupe d’artistes et de sculpteurs un peu moins dogmatiques, plus « délinquants », qui se réunissait dans l'atelier du sculpteur Jehan Duseigneur. Il est des jeunes romantiques présents le 25 février 1830 à la première représentation d’Hernani, qui suscita une violente querelle entre les anciens, tenants du classicisme (que Gautier appellera moqueusement « les genoux », en raison de leur crâne dégarni sous la perruque), et les jeunes romantiques, qui souhaitent la libération de l’art. Gautier s’y présentera drapé d’un pourpoint rouge qui fera scandale et frappera les esprits à tel point qu’il sera retenu, dans l’histoire littéraire, comme « le jeune homme aux cheveux longs et au gilet rouge de la bataille d’Hernani ». Il raconte d’ailleurs lui-même cette anecdote dans son Histoire du romantisme (titre posthume d’une collection d’articles de Gautier publiés dans La Presse), dans le très comique et prophétique article La Légende du gilet rouge.
En juillet 1830, il publie Poésies, qui passe inaperçu dans l’épisode mouvementé des trois glorieuses. L’année suivante, il fait paraître La Cafetière.
Mais, s’il en demeure souvent proche, il s’éloigne peu à peu du romantisme, dont il parodie très tôt les excès du « vague des passions » – pensons aux Jeunes-France, recueil de contes ironiques publié en 1833. C’est en 1835, avec la publication de Mademoiselle de Maupin, que Gautier formule l’essentiel de sa théorie de l’art pour l’art, aboutissement logique des revendications de liberté des romantiques. Dans la préface de ce roman, Gautier explique en effet que l’art n’a pas à être utile, qu’il n’a pas à servir la morale. Seule l’esthétique, la beauté formelle compte. En fait, il est persuadé que l’art est un but en lui-même et que sa seule possibilité de pérennité est la perfection technique (L’Art, 1857). C’est dans cette optique qu’il travaille ses poèmes d’Émaux et camées (1852) pour en faire de véritables « transpositions plastiques », poèmes dont la forme est savante et le vocabulaire, recherché. C’est donc à sa suite que naîtra l’école du Parnasse, dont la popularité s’étendra jusqu’en Amérique, et dont les préceptes doctrinaires sont inspirés des idées de Gautier : le culte de la beauté, le refus du lyrisme personnel et la recherche d’une poésie scientifique.