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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

Les origines du réalisme nous montrent qu’il est une réaction à l’abus du lyrisme des romantiques. Cette réaction, on l’a vu, passe par un besoin d’objectivité qui s’est exprimé dans les thèmes abordés par les écrivains, de même que dans la forme même de leurs écrits. Il faut comprendre cependant que, même s’il s’élève contre le mouvement romantique, le réalisme n’a pu s’en dégager entièrement et en garde de profondes marques, même dans ses plus grands chefs-d’œuvre.

Le réalisme se caractérise d’abord par l’attention qu’il porte à la psychologie des personnages qu’il peint. En effet, leurs sentiments, leurs passions, leurs traits de caractère doivent avoir l’air vrais – qu’ils soient normaux ou non. Il est aussi minutieux dans sa façon d’aborder les structures et le fonctionnement de la société, qu’il s’agisse de traiter des réalités économiques, sociales ou institutionnelles. C’est pourquoi, nous l’avons déjà dit, les méthodes de travail des écrivains réalistes transforment la genèse de l’œuvre en une exploration, une recherche du document et du savoir – plusieurs, comme Flaubert et Zola, tiennent des Carnets, qui contiennent leur premier regard sur le réel et montrent bien à quel point la démarche analytique des auteurs participe de l’invention narrative.

Le réalisme, dans sa façon de représenter la réalité sociale, a absolument besoin du personnage : c’est par lui qu’on peut montrer sa science. De ce fait, le personnage réaliste a trois fonctions : il est d’abord le « héros » d’une aventure, l’agent d’une action ou d’une série d’actions telles qu’en offre la vie réelle ; c’est aussi à travers lui que s’inscrit la vision du monde de l’auteur – c’est lui qui permet la critique sociale – ; enfin, il assure la cohésion de la narration et de la description. Dans le réalisme, en effet, les descriptions ne doivent jamais être gratuites, comme cela pouvait être le cas dans les œuvres romantiques, où l’on cherchait à « faire beau » – le réalisme veut « faire vrai ». Pour pouvoir poser un regard critique sur le monde qui l’entoure, l’auteur réaliste devra mettre en scène des êtres « typiques ». C’est pourquoi il choisira ses personnages dans une population « quelconque » (des monsieur et madame tout-le-monde). L’auteur réaliste s’intéresse en général à deux types de héros. Le premier est celui du bourgeois médiocre – on s’intéresse à ses passions, qui sont elles aussi médiocres, terre à terre, et à la façon dont il est conditionné par sa constitution (pour Zola, en effet, la psychologie de l’homme est déterminée par la physiologie). Le second type est celui du jeune homme de basse condition sociale qui aspire à une rapide ascension aux couches supérieures de la société – on montre alors son apprentissage social, moral, intellectuel et amoureux. Les romans réalistes sont souvent des romans de l’avidité : la passion y est destructrice1.

Afin de faire vrai, non seulement les personnages sont-ils des gens « ordinaires », mais ils sont toujours clairement identifiés : on connaît leur nom, leur âge, leur famille, leur passé, voire leur hérédité et leur lignage en plus de leurs traits de caractère. Ils ont une histoire personnelle que les auteurs réalistes ont à cœur de montrer au lecteur, afin qu’il puisse saisir entièrement les relations qu’entretiennent ces personnages avec leur entourage de même que leurs motivations.

L’histoire personnelle des héros n’est pas fantaisiste : elle est inscrite dans la réalité quotidienne du lecteur, qui reconnaît le nom des rues, des immeubles, des commerces – ce sont ceux du coin de la rue –, les événements politiques et sociaux qui ont eu lieu à l’époque où se déroule le récit ; il est même possible qu’il reconnaisse des noms de personnages historiques ou de personnages provenant d’autres romans. Le cadre réel du récit est essentiel pour que le lecteur admette la possibilité que l’histoire puisse être vraie. C’est ainsi que le retour fréquent de certains personnages, en approfondissant leur histoire, permet, comme dans la Comédie humaine de Balzac ou les Rougon-Maquart de Zola, l’illusion de la vie.

L’importance accordée à l’histoire personnelle des héros fait aussi en sorte que le récit peut paraître biographique, la chronologie elle-même du récit maintenant cette illusion. En effet, l’histoire est toujours écrite de façon linéaire, respectant l’ordre dans lequel se produisent les événements : pas d’analepse (flash-back) ou de prolepse (projection dans le futur) pour les auteurs réalistes. D’ailleurs, le temps du récit est généralement le passé simple et l’histoire est racontée à la troisième personne, ce qui contribue à la distanciation de l’auteur par rapport à son œuvre, et donne une plus grande impression d’objectivité. L’utilisation d’un vocabulaire concret et d’abondantes descriptions complète le tableau des techniques d’écriture des auteurs réalistes.



1. Montrer que la passion dominante est l’avidité et qu’elle est destructrice revient à la condamner, c’est donc dire que les auteurs réalistes condamnent le matérialisme de leur époque. C’est une conduite paradoxale puisque, contrairement aux premiers auteurs romantiques qui vivaient souvent une vie de bohème, les auteurs réalistes sont des bourgeois (Balzac, Flaubert, Zola). Ils prêchent donc « la simplicité volontaire »… pour les autres.