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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

Tous les auteurs s’entendent pour dire que plusieurs facteurs principaux sont en cause dans la naissance de ce nouveau courant littéraire.

D’abord et avant tout, le symbolisme est une réaction contre le mouvement réaliste et contre la froideur de la poésie parnassienne (qui prône l’importance de la forme avant toute chose, « l’art pour l’art » de Théophile Gautier, pour qui la forme sécrète le sens). En effet, les abus du naturalisme, qui se complaît à peindre un monde médiocre, répugnent à certains qui, sans nécessairement y voir de la grossièreté, trouvent cependant qu’il serait plaisant de s’évader de la laideur du matérialisme ambiant par la sensibilité, par l’imaginaire, par le rêve. Paradoxalement, Mallarmé, figure de proue du symbolisme français, aimait Zola. Quant à la réaction face à la froideur des écrivains du Parnasse, si elle est réelle, il n’en demeure pas moins que, de ce mouvement, les symbolistes ont conservé le culte de la beauté, l’amour de la forme, l’éthique d’un langage recherché et érudit, et l’idée de la gratuité de l’art, qui ne doit pas servir de cause mais exister en soi, pour soi – pour les symbolistes, l’art est une valeur supérieure à la vie.

Le mouvement décadent semble avoir donné le coup d’envoi aux symbolistes. Vers 1880, une nouvelle bohème se répand en effet dans les cabarets à la mode, au Quartier Latin ou à Montmartre. Ces néo-romantiques marginaux, à la mise volontairement débraillée, s’imaginent volontiers qu’ils appartiennent à un siècle moribond, qu’ils assistent aux derniers sursauts d’une civilisation mourante, qu’ils sont des « poètes maudits ». Ils ne croient plus aux traditions et ne se sentent pas capables de préparer avec fermeté un renouveau poétique : ils retranscrivent, sans trop se prendre au sérieux, de vagues langueurs ou de brusques névroses dans une expression vaporeuse ou contournée. Pourtant, le malaise qu’ils expriment (qui ressemble au mal du siècle romantique poussé à son extrême) sera bel et bien celui des symbolistes.

Enfin, il est impossible de passer sous silence l’importance de la poésie baudelairienne dans la naissance du symbolisme : il en est le principal précurseur. En effet, les Fleurs du mal, unique recueil de Charles Baudelaire, s’il ne connut pas le succès (bien pis, il valut à son auteur une condamnation en justice pour immoralité), marque quand même une étape décisive dans l’évolution de la poésie française. Après Baudelaire, rien ne sera plus pareil – c’est pourquoi, à l’instar de certains critiques contemporains, nous compterons son œuvre parmi les symbolistes, même si elle n’en est pas réellement puisqu’elle les précède.

Nous toucherons un mot de Baudelaire ici, puisque son œuvre est essentielle à la compréhension de tout ce qu’est le symbolisme. Chez Baudelaire, le spleen et l’idéal amènent des thèmes qui seront repris par les poètes symbolistes. Le spleen, chez lui, n’est pas seulement une forme exaspérée du mal du siècle ; c’est tout ce qui entoure le désespoir entraîné par la conscience du passage inexorable du temps, de l’inutilité de l’existence et de l’impossibilité de la rédemption. Le poète, par la conscience même qu’il a du caractère futile du monde, se conçoit comme isolé du reste des gens. Il se sent exilé dans un monde où il n’a pas sa place et il a le sentiment que son message n’est pas entendu : il est maudit parmi les hommes. Bien entendu, le poète cherche à échapper à son désespoir par tous les moyens, lorsqu’il ne s’y complaît pas. C’est ainsi que font leur apparition les paradis artificiels qui peuvent prendre la forme de l’alcool, de la drogue ou même de la cruauté gratuite – tous les vertiges sont bienfaisants s’ils arrachent l’homme à l’amère méditation sur son destin. D’ailleurs, pour bien faire sentir son désarroi et son dégoût, il a tendance à employer des images excessives et choquantes – on peut penser, par exemple, à Une martyre ou à Une charogne.

Cette angoisse du spleen semble avoir une contrepartie dans l’appel de l’idéal. En effet, si Baudelaire semble parfois s’être complu à évoquer des images sinistres (comme s’il trouvait une volupté et une dignité dans la douleur), il a parfois, au contraire, évoqué des moments de grandeur et d’élévation spirituelle. À sa fascination pour le morbide, pour le lugubre, répond une soif de la pureté, de l’évanescent, de l’éthéré. Baudelaire a toujours rendu un culte à la beauté, et l’Art lui est apparu comme « le meilleur témoignage » de la dignité humaine, l’instrument le plus précieux de l’ascension vers l’Idéal. Pur ou impur, l’idéal de l’artiste arrache l’homme à son spleen et, au prix d’un effort douloureux, lui promet les bénéfices de l’oubli.

Cependant, l’Idéal – comme tous les idéaux – est inaccessible, entraînant la souffrance du poète, qui ne souffre pas que du spleen, mais de la conscience qu’il existe un idéal à jamais inaccessible. Il voit ainsi dans la mort le seul remède infaillible à toutes ses souffrances : « N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce soit hors du monde ! »