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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

21 septembre 2005

Drogues, politique et ondes radio

Décidément, j’aime André Boisclair. Comme j’ai le bonheur d’être un homme dans la trentaine, cela me fait chaud au cœur de m’entendre dire que j’ai encore le droit aux erreurs de jeunesse. Évidemment, il n’y a qu’en politique que les vacances d’été se terminent en octobre et la minorité, à quarante ans. Mais comment en vouloir aux politiciens? Quand son horizon temporel n’excède jamais quatre ans, je suppose que cela déforme la façon dont on perçoit le passage des années.

Bon! Il a consommé de la cocaïne « à quelques reprises » alors qu’il occupait les fonctions de ministre de l’Environnement. Et alors? Il faut bien carburer à quelque chose quand on supporte l’immense pression d’un ministère si important si jeune. Si les ministres septuagénaires peuvent chercher le réconfort et puiser leur énergie dans l’alcool, les valiums (valia?) et les bêta-bloquants, pourquoi pas les drogues dures pour les « jeunes »? C’est la même chose, non?

M. Boisclair, malgré son exaspération fort compréhensible avec les journalistes sans scrupules qui cherchent à lui nuire par tous les moyens, a eu la bonne grâce de répéter à la télévision que tout cela était derrière lui, qu’il ne touchait plus à la cocaïne. C’est malheureux. Je suis certain qu’une petite ligne lui donnerait un petit regain d’énergie qui lui permettrait de remporter la course à chefferie haut la main (j’allais dire « les deux doigts dans le nez », mais c’eût été de mauvais goût)… et de résister aux agressions physiques des reporters se servant de leurs micros comme de matraques. Mais tout cela est derrière lui… Évidemment, les « mal-pensants » diront qu’il n’est plus ministre non plus, mais ce serait bien méchant. Et puis, d’ailleurs, puisque seule la performance compte en politique, je ne vois pas pourquoi nous n’aurions pas des ministres dopés. La politique, ce n’est pas les jeux olympiques, tout de même! Si la cocaïne l’a aidé à si bien maintenir la ligne du parti au ministère de l’Environnement, pourquoi ne pas lui fournir de l’héroïne lorsqu’il sera premier ministre?

Mais à tous les rébarbatifs réactionnaires, oui, à tous ceux qui tiennent à un premier ministre « bio » comme leurs légumes, si vous tenez tant que cela à vos idées passéistes, exigez que l’on impose un test d’urine avant d’entrer au Cabinet (c’est tout désigné). Voilà! Au moins, ainsi, lorsque vous les verrez somnoler à l’Assemblée nationale, vous saurez que ces loques qui vous gouvernent sont des loques naturelles.

Évidemment, évidemment, je dois le reconnaître, un problème se pose: celui de l’approvisionnement. Personnellement, je n’ai pas d’objection à ce que le crime organisé fasse officiellement son entrée au gouvernement. Si ça se trouve, ces gens-là sont mieux organisés (d’où leur nom, n’est-ce pas?) que le parti politique moyen (ça, c’est du crime désorganisé) – eh oui, on a recommencé à parler de la commission Gomery et, que voulez-vous, je l’ai à l’esprit. Je n’y connais rien, bien sûr, mais d’après ce que j’ai cru comprendre du cinéma américain, un source inépuisable d’informations factuelles, si la mafia contrôlait les cordons de la bourse de l’État, des dépassements de coûts comme ceux du projet GIRES ou ceux du programme d’enregistrement des armes à feu (il n’y a pas qu’au Québec qu’on dépense!) entraîneraient des conséquences autrement fâcheuses qu’une démission bidon, quand démission il y a. Et c’est sans parler des conséquences des détournements de fonds.

Mais revenons à nos moutons. Il est indécent de demander au premier ministre de sortir dans la rue pour acheter son petit paquet de plaisir comme le reste de la plèbe. Il n’est pas juste non plus qu’il soit le seul à jouir du privilège de se poudrer le nez. Ainsi, on pourrait engager un « pusher » (« revendeur » fait décidément trop commercial) attitré. Et pour assurer sa neutralité, on n’aurait qu’à le nommer président de l’Assemblée nationale (son élection ne serait que pure formalité). Ainsi, il serait toujours sous la main en cas de besoin.

Pour terminer, puisqu’il faut bien terminer, j’aimerais de nouveau professer ma foi en André Boisclair. À la Part des choses, le 19 septembre, on ressassait qu’il fallait qu’il amène des idées nouvelles pour se tirer d’affaire. Il l’a déjà fait! Il vient d’inventer un tout nouveau plaidoyer. Adieu, crime passionnel! Adieu, circonstances atténuantes! Maintenant, on a l’erreur de jeunesse dans la trentaine (d’où découlent l’erreur d’enfance dans la vingtaine, l’erreur fœtale à l’adolescence, et l’erreur « précoïtale » – cette défense est si géniale qu’il faut lui inventer des mots – à l’enfance). J’imagine la scène: « Vous avez tué votre femme quand vous l’avez surprise au lit avec votre revendeur? – Oui, M. le Juge. – Vous le confessez librement? – Oui, Votre Honneur. – Mais ce n’est rien! C’est une erreur de jeunesse. Allez! Allez vous faire élire ailleurs. J’ai d’autres chats à fouetter. – Merci, Votre Munificence. » Quelle aubaine pour désengorger le système carcéral! Si André Boisclair n’est pas élu chef du PQ, il faudrait au moins qu'on le fasse ministre de la Justice.