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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

25 décembre 2005

Un petit (tout petit) conte de Noël!

Il était une fois (Ouais1, je me suis laissé dire que tous les contes commençaient ainsi. Cela me paraît un peu étrange, mais la tradition, c'est la tradition... traditionnellement.), il était donc une fois un 23 décembre, entre 14h00 et 16h00: les deux heures bénies de Dieu, les deux heures pour lesquelles Jésus est né, les deux heures où les Québécois dépensent deux milliards de dollars. Dans les Temples de la consommation, on se ruait sur les articles «in», on cherchait le jouet «it» (J'ai vu ça à la télévision, sur mon écran Samsung DLP 56 pouces, grâce à mon antenne ExpressVu, qui me permet de capter Dieu sait combien de chaînes que je ne regarde jamais – en fait, si je n'en avais que deux ou trois, cela me suffirait, mais il me manquerait quelque chose. J'ignore ce qu'est un «it», mais il paraît que c'est génial et j'en veux un moi aussi.), on usait la bande magnétique de sa carte or ou, pour les véritables Mercure, platine. Entre deux achats, on se reposait à un café, on admirait les publicités aux couleurs criardes, on s'extasiait devant l'abondance de produits «made in China», «made in Bangladesh», «made in Honduras» par des enfants de huit ans, des femmes voilées pour respirer, des hommes en costards de soie. La consommation déclenche chez le véritable consommateur une réelle extase. On entre au centre commercial comme dans une cathédrale. Comment autrement expliquer le mépris dans lequel nous tenons les peuples – les peuples entiers – qui fabriquent nos bidules, nos trucmuches, nos bébelles? La religion seule permet tant d'exploitation et de mépris... pareille impunité. Noël, à n'en pas douter, est une fête plus religieuse qu'elle le fut jamais, plus religieuse, n'en déplaise aux «catholiques purs et durs» (les Anges gardiens), que Pâques – où on n'achète que des chocolats. L'Occident n'est plus chrétien, il est commerçant, et il prie à l'autel de l'OMC, derrière les portes closes d'hôtels cintrés d'un ruban d'hommes armés qui ne comprennent pas ce qu'ils défendent.

Il était une fois un 23 décembre comme les autres et, comme les autres, comme tous les autres, j'ai voué mon culte à Mercure. Je suis un païen. Mais ma religion est la religion dominante de mon coin de pays, de mon coin de planète. Ai-je honte? Comme les autres, comme tous les autres, non. Mais je sais que je devrais, et quand je regarde mon écran ACL de 19 pouces, mon clavier et ma souris Logitech sans fil pas raccordé (c'est le but de la chose) à mon Pentium 4 pendant que j'écris ces mots où je fais semblant de me plaindre du monde consumériste dans lequel je suis plongé – à mon corps non défendant –, je me demande combien de temps tout cela pourra encore durer si on ne fait pas un petit (tout petit) effort de justice.

1. Le Bourgeois gentilhomme, III, 6.