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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

28 mars 2007

Le salaire de l’arrogance

L’un croyait que nous avions oublié que nous avions vécu quatre années de dictature, l’autre s’imaginait pouvoir convaincre sans rien dire. Et maintenant, ils s’étonnent du « jugement sévère » des Québécois.

C’est drôle comme, tout à coup, tous disent vouloir « écouter, écouter, écouter ». Philippe Couillard a raison, mais depuis quand le PLQ écoute-t-il qui que ce soit? Depuis qu’il est minoritaire? Si l’on se fie à ses propos voulant qu’un gouvernement minoritaire doive faire des compromis, c’est le cas. En effet, lorsqu’on détient la majorité absolue, on ignore ce que c’est qu’un compromis, on fait taire l’opposition – c’est tout.

Jean Charest dit la même chose, évidemment. Lui qui avait un « mandat clair » avec 37% ou 38% des voix en 2003 (ce qui représente, en réalité, moins de 27% de la population), lui qui a imposé le bâillon pour imposer sa loi plus de fois que je ne saurais dire, lui enfin qui a d’un trait liquidé les droits les plus fondamentaux de ses employés, il voudrait soudainement nous écouter, « tirer des enseignements » (quelle ironie!) des résultats du scrutin?

Il se plaint que le Québec soit divisé? Non, le Québec n’est pas divisé. Seulement, pour la première fois depuis des temps immémoriaux, le nombre de députés des différents partis à l’Assemblée nationale ressemble à peu près à la répartition des votes. Pour la première fois, la représentation est à peu près proportionnelle. C’est donc dire que, pour la première fois, les voix des citoyens se feront peut-être entendre… peut-être.

Comprendrons-nous enfin que la démocratie, c’est gouverner pour le peuple et non gouverner le peuple? Gouverner le peuple, c’est la dictature. Mais encore faut-il que l’opposition comprenne son travail. Ce n’est pas parce qu’on est l’opposition qu’on s’oppose systématiquement! Oui, l’opposition doit veiller à ce que le gouvernement ne perde pas de vue le bien-être des citoyens, mais il est possible de le faire en reconnaissant que tout n’est pas mauvais. Si j’étais pédagogue, peut-être dirais-je que du conflit (socio)cognitif entre le gouvernement et l’opposition sortiront de meilleures lois, répondant mieux aux besoins de tous.

Mais, mais, mais… J’écoutais les discours. Tous ont donné rendez-vous « bientôt » aux électeurs. J’en conclus que la vieille obsession de l’opposition s’est de nouveau manifestée : faire tomber le gouvernement parce qu’on peut le faire. C’est comme l’escalade.

Et pourquoi en sommes-nous là? Malgré ce que disaient les journaux, il n’y a pas eu match nul au débat. Un match nul, c’était une victoire adéquiste. Jean Charest est demeuré lui-même – pouvait-il faire autrement? André Boisclair a fait la démonstration qu’il n’était pas meilleur que lui et Mario Dumont, qu’il n’était pas pire. Dans un contexte où le peuple veut du changement, le désire si ardemment qu’il est prêt à voter pour n’importe qui sachant un peu se présenter, « pas pire », c’est gagner. C’est ce qu’il a fait. C’est une victoire du populisme sur la langue de bois, c’est la défaite d’un politicien qui n’a jamais su ce qu’était la démocratie. C’est le salaire de l’arrogance.