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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

20 octobre 2007

La remise des diplômes

Vendredi dernier, le 13 octobre, avait lieu la remise des diplômes. On m'avait demandé, pour souligner l'occasion, d'écrire une lettre qui devait être remise en même temps que le diplôme à nos bienheureux étudiants. Je le fis avec plaisir et je me tapai même trois cents bornes, un vendredi soir, pour assister à la cérémonie et remettre moi-même quelques rouleaux de faux parchemin. Sur mes trente étudiants, cinq se sont présentés. On me dira que c'est normal: ils ont d'autres chats à fouetter maintenant qu'ils sont à l'université. Je n'en débats pas. Mais la prochaine fois, coordonnateur du programme ou pas, je risque fort de rester chez moi. Enfin, puisque je l'ai écrite, cette lettre, et que pratiquement personne ne l'a lue, j'en fais l'entrée de mon carnet aujourd'hui. Il faut bien que ça serve...

Chère diplômée,
Cher diplômé,

Vous êtes enfin parvenu à la remise des diplômes. Mais qu’est-ce qu’un diplôme? Un bout de papier un peu plus épais, un peu mieux roulé, mais se chiffonnant comme tout autre? N’est-ce donc que du papier? Deux années de travail, de joies et de peines se résument-elles à cela? Non, évidemment. Vous sentez bien que le diplôme n’est pas cette feuille que l’on encadre et, parfois, exhibe. Un diplôme est un symbole.

Comme tous les symboles, sa valeur varie suivant l’interprétation qu’on en donne. D’aucuns le présenteront comme une première étape qu’éclipsera bientôt une autre. Il n’est qu’un marchepied. D’autres y verront leurs premières armes dans les études supérieures, une première réussite – souvent la plus importante. Il est un tremplin. Mais il ne saurait être une fin en soi, ce n’est le lot d’aucun diplôme. Cesser d’apprendre, c’est cesser de vivre. Le cégep veut ouvrir vos horizons, non pas les clore définitivement. Beaucoup de travail vous attend encore.

Ah, mais vous en avez déjà travaillé un coup. Vous avez parfois trouvé que nous exigions beaucoup de vous. Elle était haute, la barre. Où chercher les réponses à toutes ces questions? Où trouver le temps de tout faire? Pourtant, vous y êtes tous arrivés. Vous y arriverez encore. Vous voilà à l’aube d’une nouvelle vie pleine de promesses. De nouveaux défis se dresseront devant vous, certains, en apparence, insurmontables. Rappelez-vous alors votre premier trimestre à Drummondville, rappelez-vous que vous vous en êtes tiré. Et surtout, comme Romain Gary voulait être Victor Hugo, et Hugo, Chateaubriand, visez haut. Qu’importe que vous visiez juste? Toujours préférez choir de sommets vertigineux à ne vous élever jamais.

Craignez le succès facile plus que l’échec : il rend paresseux et complaisant. Apprenez de tout, partout, toujours. Dans un monde de plus en plus mécanisé, aseptisé, apeuré, soyez humain. D’où viendra le salut sinon de là? S’il faut que vous vous trompiez, que l’erreur soit glorieuse. Oserons-nous dire épique? Les grands ne trébuchent pas, ils tombent. C’est ce qui fait leur grandeur. C’est ce qui fait qu’ils laissent un si grand vide après eux.

Mais le jour n’est pas à la chute, il est au triomphe – il est à vous. Profitez donc pleinement de ce moment, voyez l’œil humide (de fierté) de vos enseignants et dites-vous que rien ne leur fait plus plaisir que de vous voir là-haut. Dites-vous que, s’il fallait recommencer, ils n’y changeraient rien sinon, peut-être, l’altitude de la barre, histoire que vous vous hissiez encore plus haut.

Edwin Rossbach