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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

15 janvier 2008, Sans titre

Comme promis, vous pouvez maintenant laisser vos commentaires sur le blogue. Évidemment, comme j'ai bricolé tout cela en un week-end (comme quoi la littérature et l'informatique ne font pas si mauvais ménage dans le cerveau d'un prof de français), il n'est pas impossible que quelques bogues se montrent le bout du nez. Si vous en trouvez, vous pouvez communiquer avec moi, comme d'habitude, par voie de courriel.

Mise à jour (25 janvier 2008)
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Un peu de travail

« Tiens! Tu travailles? » J’ignore pourquoi, mais c’est une question qu’on me fait presque aussi souvent que l’inévitable « Encore en vacances? Vous êtes bien, vous, les profs! »

Je n’en débats pas, nous sommes bien, nous sommes même très bien. Mais ce n’est parce qu’on ne nous oblige pas à faire acte de présence à notre institution d’enseignement que nous sommes tous des tire-au-flanc! À ce compte-là, les travailleurs autonomes seraient perpétuellement en congé. Et nous savons tous – du moins, tous ceux d’entre nous qui ont vécu ainsi – que ce n’est pas le cas.

Nous ne pouvons pas gagner. Ou bien on s’étonne de nous voir travailler, ou bien on s’étonne de nous voir en « congé ». Je connais des gens qui n’en reviennent pas que je sois dans mes copies le week-end, qui n’en reviennent pas que je passe mes journées de « congé » à préparer mes cours (« Mais tu les as déjà donnés, ces cours-là! ») ou à corriger (« Tu ne peux pas leur donner moins de travaux? »). Ces mêmes gens n’en reviennent pas que je ne sois tenu d’être sur les lieux de mon emploi qu’une vingtaine d’heures pas semaine. Ils ne comprennent pas non plus que mes vacances, mes grandes vacances, l’été, j’en prends la moitié à mes frais.

L’hiver dernier, je donnais le cours sur le dix-neuvième siècle. J’ai donné à lire, outre Baudelaire, Gautier, Hugo et Maupassant, Zola. Ce Zola, c’était Thérèse Raquin. J’en garde un souvenir impérissable de détestation universelle. Le commentaire le plus flatteur qu’on ait fait au sujet de ce roman est qu’il était facile à lire, mais énervant. Évidemment, lire « cuisant », « nerfs » et « brute » toutes les deux pages, ça énerve. Il avait l’avantage non négligeable, cependant, de s’opposer on ne peut plus diamétralement à la prose de Gautier ou de Hugo. Dans l’« antiromantisme », on ne fait pas mieux. Cela m’a aidé à contraster les courants, mais veux-je imposer à nouveau une œuvre détestée? Il faut dire aussi, si je veux être tout à fait honnête, que cette lecture me pèse, à moi aussi, et que mes sentiments ne sont peut-être pas étrangers à ceux de mes étudiants. Il n’est pas toujours aisé de simuler l’enthousiasme. J’ai donc cherché à la remplacer. Cela a conduit, chaque fois qu’un Hubert me surprenait à « travailler » (je mets les guillemets pour rendre justice au ton de mon interlocuteur), à un dialogue réglé comme du papier à musique :
– Tiens! Tu travailles?
– Je lis Paludes. J’aurais aimé l’écrire, mais que veux-tu…
– Ah?
– …
– …
– …
– C’est bon?
– C’est l’histoire d’un type, Tityre, qui vit dans un marais. Il pèche à la ligne, mais ne prend jamais rien pour la vérité psychologique. Il a aussi un aquarium, mais c’est un symbole.
– Euh… oui. C’est bien, quand même, ton « travail » : payé pour « lire ».
– Si on veut. N’empêche que, pour remplacer la Thérèse, avant Paludes, j’ai eu le bonheur de lire la Peau de chagrin, Ferragus, À rebours, les Nourritures terrestres, la Curée, Notre coeur, que sais-je encore?
– Tout ça?
– Tout ça.
– C’est pas mal.
Chemin bordé d’aristoloches.
– …
– …
– Euh… bon. On se rappelle.

Un jour, peut-être finira-t-on par comprendre que lire n’est pas qu’un passe-temps. J’adore lire, mais quand je le fais pour trouver des œuvres « étudiables », c’est du travail. Je ne lis pas de la même façon, ayant toujours à l’esprit ce que je pourrais en faire, ce que mes étudiants pourraient en dire. Je me demande constamment s’ils risquent de l’aimer, si ce n’est pas trop long, si ce n’est pas trop difficile ou trop facile. N’en doutez pas, c’est du travail. Et une fois l’œuvre choisie, les activités conçues, il ne reste plus qu’à se croiser les doigts.

J’espère, j’espère! qu’ils aimeront Paludes.