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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

6 janvier 2012, Les grandes attentes

Une nouvelle année, c'est, paraît-il, l'occasion de s'adonner aux joies de la rétrospection et de la prospection. C'est l'occasion de se regarder soi-même honnêtement, de desser le bilan des réussites et des échecs et de prendre, malhonnêtement, les résolutions qui s'imposent.

Je ne sais plus à  quel sujet je racontais à  des collègues ou à  des étudiants que nous sommes tous passés maîtres dans l'art de se mentir à  soi-même. J'ai écrit « malhonnêtement », peut-être n'est-ce pas le terme le plus heureux pour décrire cette réalité, mais il me semble en rendre compte. Cela n'arrive pas qu'à  la nouvelle année, loin de là , mais le moment est propice - par tradition ou par inconscience, peu importe. Ainsi, combien d'entre nous décident-ils qu'à  partir de maintenant, je mangerai moins, boirai moins, travaillerai moins (ou plus), ferai plus d'exercice, serai plus patient, etc.? Combien d'entre nous jurent-ils les mêmes promesses chaque année? Chaque année la même rengaine. Chaque année l'espoir un peu fou d'un résultat différent. Et pourtant, nous y voici de nouveau. Combien de proverbes à  ce sujet dans toutes les langues, vivantes ou mortes?

Je me rappelle, alors que je tentais apparemment en vain d'expliquer le comportement de M. Jourdain à  ma classe, m'être échiné à  montrer qu'il n'était pas « complètement idiot », comme bon nombre le prétendaient. Il est vrai que toute l'histoire du Mamamouchi se justifie difficilement par un appel à  la raison, mais ne peut-on concevoir d'un homme qu'il cède aux bêtises les plus loufoques sans cesser d'être - relativement - raisonnable? Enfin, ce n'est pas tant à la raison que s'adressent Dorante, Cléonte, Covielle et les autres, mais à ses désirs les plus profondément enracinés. N'est-il pas naturel d'aspirer à un idéal, de vouloir améliorer sa condition, celle de sa famille, sinon de s'« améliorer » soi-même? N'est-ce pas « raisonnable »? Et quelle réaction attendre de quelqu'un à qui l'idéal tant désiré s'offre soudainement, comme de lui-même? Oui, mais c'est trop gros, me dit-on. Mamamouchi, ça n'a pas de sens! En effet, c'est gros. Et, en effet, cela peut n'avoir pas de sens pour nous, mais la noblesse n'est plus non plus l'objet de tous nos voeux. Et quand elle le serait, ce n'est pas tout le monde qui céderait aussi facilement que M. Jourdain à l'appel de la sirène, je le reconnais. Mais reconnaissons aussi qu'une quantité phénoménale de gens à qui l'on promet des voyages au téléphone, des millions par courriel et le paradis sans confession se font rouler tous les jours. Et ils ne sont pas tous bêtes. Seulement, les escrocs, en fins manipulateurs (j'allais dire: en fins renards), leur disent précisément ce qu'ils ont toujours voulu entendre.

Où voulais-je en venir avec tout cela? Que pour bien mentir, il faut bien connaître son interlocuteur. Et malgré tout ce qu'on dit et entend sur les gens, malgré ce que pouvait en penser Socrate, personne ne nous connaît mieux que nous-mêmes. Et c'est cette connaissance, connaissance même des défauts que nous refusons de nous avouer à nous-mêmes, qui fait que nous savons si bien nous mentir et, ainsi, chaque année, nous convaincre que cette fois-ci, c'est la bonne, nous tiendrons notre résolution. Qu'y faire?... c'est humain.