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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

13 novembre 2013

L'information comme spectacle


Je me faisais la réflexion en regardant le journal télévisé que la différence est de plus en plus ténue entre le voyeurisme et ce que l’on considère comme de l’information. J’ignore si c’est dû à la popularité de la télévision-réalité, qui n’a de vrai que la bêtise humaine, mais il me semble que les nouvelles tiennent de plus en plus du spectacle. C’est comme tout le reste : il faut choquer. L’ennui est que le spectateur est tellement anesthésié que les véritables tragédies ne l’émeuvent plus. Je suppose que cela manque d’effets spéciaux. On ne peut pas – pas encore – ajouter d’explosions ni de belles boules de feu aux reportages. Alors on cherche tout ce qui peut susciter l’émotion.

Je me rappelle une époque pas si lointaine où l’on ne voyait jamais de cadavres déchiquetés ni de mares de sang au téléjournal. Aujourd’hui, tout cela est présenté en gros plan. Ce à quoi je veux en venir, c’est la douleur. La vie humaine, toute vie, n’est pas un sport télévisé; nous n’avons pas à nous repaître de « l’agonie de la défaite » de notre prochain.

Ce matin, on présentait un reportage sur la dévastation aux Philippines dans le sillage du typhon Haiyan. Des images défilaient à l’écran, toutes de cadavres dans les rues jonchées d’immondices, de gens en pleurs. Mais la pire était cette photographie d’un homme portant le cadavre de sa fillette. Je crois n’avoir jamais vu autant de détresse. J’ai éteint : j’avais l’impression d’avoir violé sa plus profonde intimité.

Si même notre souffrance, si même le deuil tout récent ne nous appartiennent plus en cette ère dominée par les médias et l’instantanéité, que nous reste-t-il? L’amour? Sûrement pas, si ce n’est l’amour physique. En ce monde devenu temple du matérialisme éphémère, la seule chose qu’on ne peut plus montrer aux nouvelles, paradoxalement, est le corps nu – mais ses entrailles, rien ne l’interdit.

J’ignore pourquoi c’est ainsi. Ce dont je suis intimement convaincu, par contre, c’est que la douleur personnelle d’une femme, d’un homme mérite de demeurer privée. On ne devrait pas la transformer en spectacle.