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© 2000-2017 Josée Larochelle, Edwin Rossbach

18 juillet 2005

L’insoutenable lourdeur de l’air

Ce que je vais raconter ici n’a aucun lien, mais absolument aucun, avec l’histoire de la littérature française, mais je sens le besoin impérieux de me « catharsiser »… encore. Il fait chaud, très chaud… terriblement chaud. Il fait humide, très humide… terriblement humide. Je crois que je comprends pour la première fois de ma vie l’expression « l’air est lourd ». J’ai l’impression qu’il me comprime la poitrine, m’empêchant de respirer. C’est comme avoir un éléphant assis sur le sternum – on comprendra, bien sûr, que, n’étant pas un enfant de la balle, c’est là une expérience qui manque cruellement à ma culture, mais j’imagine que c’est l’effet que cela doit produire.

Je sais aussi que ce n’est pas à cela que pensait Baudelaire lorsqu’il écrivit : « Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle », mais on ne pourrait souhaiter manifestation plus éloquente d’une métaphore que le temps qu’il fait sur le Québec ces jours-ci. Trente-deux à trente-cinq degrés, cent pour cent d’humidité et pas la moindre goutte de pluie. Ça sent l’orage, on le voit venir, prêt à déchaîner sa furie salvatrice, mais il passe son chemin, laissant l’air toujours plus lourd, plus étouffant… plus prégnant (voir le Littré ou le Trésor de la langue française), si j’ose m’exprimer ainsi.

Évidemment, on me dira que trente-deux degrés, ce n’est rien : le thermomètre est grimpé à cinquante au Pakistan tout récemment, la France fait encore face à une canicule, il paraît qu’il fait une chaleur torride en Belgique (je sais, je sais, c’est difficile à croire, mais on m’assure que c’est vrai) et les Caraïbes en sont à leur cinquième ouragan alors que la saison n’est pas encore commencée. Alors, de quoi se plaint-on?

Eh bien, on se plaint qu’il se trouve encore des politiciens pour nous affirmer, les yeux humides de sincérité, que le climat ne change pas, que la planète ne se réchauffe pas (anormalement)… que tout est parfaitement normal. Il ne craignent qu’une chose : que le ciel tombe sur la tête de l’économie… pendant qu’ils sont au pouvoir. Ils ne semblent pas se rendre compte que, s’ils ne prennent ou n’encouragent pas des mesures adéquates maintenant, il faudra, plus tard, se résoudre à des mesures autrement draconiennes (mais qu’importe, finalement, puisqu’ils ne seront plus au pouvoir). Que ferons-nous quand les ouragans se déchaîneront dans Golfe du Mexique de mai à octobre? Leur précieux pétrole, dont les cours sont si volatiles ces temps-ci que la moindre annonce d’un coup de vent fait monter le prix du baril de deux ou trois dollars, atteindra-t-il le « seuil psychologique » des cent dollars? (Le « seuil psychologique » du prix du baril de pétrole est, par ailleurs, une bien étrange invention. Il y a six mois, c’était cinquante dollars, maintenant, c’est soixante. Comme on le franchit allègrement depuis quelque temps, j’imagine qu’en septembre il sera de soixante-dix. J’aime qu’on me dise ce que je pense, ce que je ressens. Ça facilite tellement les choses.) Qu’arrivera-t-il, alors, à l’économie, à l’inflation? Que feront les gens qui se chauffent au mazout ou au gaz naturel? Que feront les États dont l’énergie électrique est fournie par des centrales thermiques?

Et voilà… je me déprime moi-même. Je ne suis pas particulièrement écologiste ni un fanatique de la simplicité volontaire. Mais la duplicité volontaire (ne l’est-elle pas toujours?) me hérisse. On nous ment! Sans cesse. Sans vergogne. Tenez, par exemple, au Canada, le gouvernement Martin, pour survivre un an de plus, a formé un alliance avec le NPD en promettant d’injecter quelques milliards dans la protection de l’environnement. Eh bien, maintenant que le vote est passé, qu’il a survécu à la tourmente, qu’on ne parle plus de commission Gomery, il a décidé que ces sommes seraient reportées d’un an.

Évidemment, on pourrait penser que c’est bête de sa part de trahir ainsi ses alliés, car il va se retrouver dans la même posture l’année prochaine. Mais comme on parle de déclencher des élections d’ici là, que les sondages sont très défavorables aux conservateurs, il gage qu’il sera réélu cette fois avec une majorité suffisante pour se comporter, comme le font tous les gouvernements majoritaires ici, en dictateur pour quatre ou cinq ans et revenir sur l’entente conclue avec le NPD, économisant ainsi des milliards qu’il pourra gaspiller ailleurs et plaisant aux gros contributeurs. C’est beau, non?

C’est drôle qu’il y ait des lois contre la publicité mensongère, mais qu’un discours politique puisse raconter n’importe quoi, qu’il puisse être truffé des pires mensonges (pensons seulement à Jean Chrétien et à la TPS ou à Jean Charest et à ses réductions d’impôts) sans qu’on puisse rien y faire. Une promesse électorale devrait être considérée comme un contrat verbal, c’est sur cette base-là que sont élus les députés et les partis. S’il peut être démontré qu’ils ont menti (et la télévision, ici, serait enfin utile), ils devraient être forcés à démissionner. Appelons cela une garantie : si ça ne fait pas l’affaire, on retourne tout au magasin.

D’ici là, nous risquons d’avoir chaud, très chaud… terriblement chaud.