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ÂME QUE J’AI TROUVÉE AINSI QU’UN DIAMANT...

Âme que j’ai trouvée ainsi qu’un diamant !
Ô noble esprit, jaloux, chaste, superbe, aimant !
Vous que l’amour fait reine et la beauté déesse,
Qui souffrez cependant et qui doutez sans cesse,
Qui vous cachez, plaintive et cruelle à la fois,
Et, comme les lions, fuyez au fond des bois,
Madame, en même temps si charmante et si rude !
Oh ! si des profondeurs de votre solitude,
De ces vastes forêts où vous songez en vain,
Votre regard pensif, défiant et divin,
Pouvait comme un rayon pénétrer dans mon âme,
Si vous la pouviez voir telle qu’elle est, madame,
Dieu le sait, ô bel ange à qui manque la foi,
Tu ne trouverais rien dans cette ombre que toi !
Que toi, toujours bénie et toujours adorée,
Ton image, d’amour et d’orgueil entourée,
Ton nom, ton souvenir vivant, sacré, vainqueur,
Et mon cœur sombre et doux brisé par ton grand cœur !

Victor Hugo, Dernière gerbe – LXV (av. 1876)